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Pris de marteau

Faut-il SABRer le champagne ?

Roger Federer n’est qu’un vilain jaloux ! Envieux du sabre-raquette de Kei Nishikori, l’artiste au regard sombre dès lors qu’il pénètre sur le court a dégainé son propre SABR. Si la Sneak Attack By Roger a coupé le souffle du grand public tout au long de l’US Open, elle a été sortie de son fourreau en avant-première à l’occasion du Masters 1000 de Cincinnati. Presque par hasard, ce retour sournois a vu le jour lors d’un entraînement partagé avec Benoît Paire juste avant le tournoi Ohioain remporté par le Suisse.

Pourquoi tu ne le tenterais pas en match ?

Benoît était fatigué et malade, moi j’étais fatigué à cause du jet lag, a confié RF. “À la fin de la séance, nous nous sommes dit qu’il était temps de faire quelques jeux. J’avais envie d’arrêter, mais Seve (Severin Lüthi) a insisté pour que je continue. Nous nous amusions, et je me suis alors dit OK, je vais faire du chip and charge afin de raccourcir au maximum les échanges. Je voulais quitter le court au plus vite. C’est là que j’ai commencé à m’avancer pour frapper mes retours. J’ai réussi quelques coups gagnants. C’en était presque ridicule. Benoît a rigolé, Seve et moi aussi. J’ai recommencé lors de l’entraînement suivant, juste pour voir si cela marchait encore. Et je l’ai refait lors de la séance suivante, toujours avec succès. C’est alors que Severin m’a dit : ‘pourquoi tu ne le tenterais pas en match ?’ Il m’a alors poussé à continuer de jouer ce coup pour que je n’aie pas peur de l’utiliser dans les moments décisifs d’un match. C’est vraiment lui qui m’a poussé à le faire.”

Si moi je le fais, ça va être ridicule

Victime d’entraînement, Paire n’a pu cacher son admiration face à la nouvelle créature de Roger l’inventeur. “Il me l’a fait trois fois, il était super fier de lui”, a raconté la grande tige française. “Et je ne pouvais rien faire, c’était injouable (…) Il n’y a que lui qui peut le faire. Quand les autres joueurs essayent de le faire, ça ne donne rien. Si moi je le fais, ça va être ridicule et je vais gagner un point sur dix. Mais lui, il a une telle fluidité, et la balle part tellement vite de sa raquette, que ça marche. Il a un tel talent. Un coup d’œil exceptionnel. C’est un coup qui est dur à gérer quand on est en face et qu’on ne s’y attend pas. Ça peut lui servir et perturber beaucoup de joueurs.” À l’issu de matchs officiels, certains “sabrés” ont eu bien plus de mal à sortir le champagne.

Un tel retour témoigne d’un manque de respect

Il l’a essayé à Cincinnati”, a rappelé Novak Djokovic. “Cela a fonctionné deux ou trois fois (lors de la victoire de Federer face au Serbe en finale). C’est un coup excitant pour lui. Pour le joueur de l’autre côté du filet, je ne suis pas sûr. Donc je n’ai rien d’autre à dire.” Pour son entraîneur, le toujours rougeot Boris Becker, “un tel retour témoigne d’un manque de respect pour l’adversaire.” L’Allemand a même affirmé que si le Bâlois “avait tenté ce coup contre John McEnroe, Ivan Lendl, Jimmy Connors ou [lui], on lui aurait dit : ‘Roger, sincèrement, je t’aime beaucoup, mais si tu refais ça encore, je te vise à pleine puissance’” Intérieurement, “Boum Boum” devait être aussi rouge que sa peau face à la magie de Mansour Bahrami sur l’ocre d’Hambourg. Jadis, à l’époque des culottes courtes.

Ce ne sera pas facile pour lui de faire quelque chose de bien avec la balle

Forcé de passer l’arme à gauche par “Rodgeur” au deuxième tour à Flushing Meadows, Steve Darcis ne s’est pas montré très enthousiasmé par la nouvelle lame du numéro 2 mondial. “Tout le monde s’y attend un peu maintenant”, a lâché le Belge. “Il prend la balle très tôt, mais elle n’arrive pas très vite, donc on a le temps de faire quelque chose. Moi je n’étais pas bon ce jour-là, et je n’ai pas gagné beaucoup de points là-dessus, mais il l’a quand même raté quelque fois. On voit quand il avance, donc si on lui sert bien sur le corps, ce ne sera pas facile pour lui de faire quelque chose de bien avec la balle. Ce n’est pas ce coup-là qui fait sa force.” Qui des partisans ou des détracteurs de la nouvelle trouvaille “federienne” est dans le vrai quant à son efficacité ? Éléments de réponse avec une analyse détaillée des SABRs effectués par l’homme du pays neutre sur les courts new-yorkais.

 

 

Taux de réussite : 52 %
À première vue, ce pourcentage n’a rien d’exceptionnel. En réalité, il est dans les standards de Federer. Sur l’année 2014, le Suisse a remporté 51 % de points sur le deuxième service adverse (sur l’ensemble de sa carrière, il est également à 51 %). Or, le SABR est presque exclusivement tenté sur deuxième balle. En terme d’efficacité, cette nouvelle tactique n’est donc pas vraiment un plus par rapport à un retour “traditionnel”.

Quand Federer gagne le point sur SABR (13 points sur 25) :
– 10 points sans avoir à jouer une volée [2 retours gagnants + 5 fautes provoquées par son retour demi-volée suivi d’une fourbe montée + 3 doubles fautes]
– 3 volées gagnantes

Finalement, dans le SABR, la volée est presque secondaire. Sur 77 %  des points gagnés grâce à cette nouvelle arme, “RF” n’a pas eu besoin de faire la moindre volée. Le succès de cette tentative repose sur l’effet de surprise et la pression mise sur les épaules du serveur. Les doubles fautes ne sont certainement pas dues au hasard.

Quand Federer perd le point sur SABR  (12/25) :
– 7 fautes directes dès le retour
– 3 fautes au filet provoquées par le passing adverse
– 2 fois passé

Lorsque le SABR échoue, c’est principalement dû à une faute directe de l’homme aux 17 titres du Grand Chelem dès le retour. Rien d’étonnant. Retourner de cette façon, en demi-volée, est une tâche extrêmement ardue. Presqu’autant que d’essayer de capturer une mouche entre deux baguettes chinoises sans l’écraser. Seuls les êtres dôtés de vivacité et dexerité presque inhumaines peuvent y parvenir. Cette difficulté au retour est aussi la raison pour laquelle “Fed” n’a pas tenté le moindre SABR face à l’interminable John Isner.

Quand le retour de Federer reste en jeu (15/25) :
– 10 points gagnés [7 grâce à son retour (2 retours gagnants + 5 fautes provoquées) + 3 volées gagnantes]
– 5 points perdus [3 fautes au filet provoquées par le passing adverse + 2 passing]

“Papy” Federer remporte le point sur 67 % des SABRs tentés lorsqu’il parvient à garder son retour dans les limites du court. Statistique confirmant que le plus dur semble fait quand son premier coup de raquette est réussi.

Quand l’adversaire ne commet pas la faute sur le passing (8/25) :
– 0 faute directe au filet
– 3 volées gagnantes
– 5 points perdus (3 fautes provoquées par le passing + 2 passing gagnants)

Dès lors que le serveur forcé par le SABR de tenter un passing ne commet pas l’erreur sur cette tentative, Roger le samouraï perd le point 63 % du temps. En revanche, grâce à son SABR, il arrive très vite  au filet, dans de bonnes conditions et se retrouve bien placé. Résultat il ne commet pas de fautes non-provoquées à la volée et n’est que très rarement passé sans toucher toucher la balle (2 fois).

Bilan :
– La principale difficulté est de réussir le retour en demi-volée.
– Quand le retour passe, Federer gagne généralement le point. Sans avoir à faire la volée.
– Quand le serveur ne fait pas la faute sur le passing, Federer perd majoritairement le point.
– Le SABR lui permet d’arriver au filet dans de bonnes conditions.

En terme de pourcentage de réussite, le SABR n’est pas plus efficace qu’un retour “classique” (+1 Darcis). Mais par son aspect surprenant, il peut déstabiliser l’adversaire et le pousser à la faute (+1 Paire). Un atout précieux pour retourner, que ne possède pas un coup “traditionnel”, pouvant se révéler très utile sur un point important, lorsque la tension est palpable. Quoiqu’il en soit, cette ruse n’est pas à mettre entre toutes les raquettes. A fortiori si votre prénom commence par un “O” : le serveur n’aura pas de mal à vous voir venir avec vos gros SABOs (!)


Retrouvez tous les SABRs tentés par Federer au cours de l’US Open (exceptés ceux face à Gasquet) dans la vidéo ci-dessous

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Discussion

6 réflexions sur “Faut-il SABRer le champagne ?

  1. Le principe de l’analyse est intéressant, mais à ce stade il a des limites :

    1/ le faible nombre de retours SABR analysés : statistiquement, 25 c’est trop peu (2 ou 3 retours réussis ou loupés changent sensiblement le taux de réussite)
    2/ les adversaires rencontrés, là encore, 3 seulement, et sans être désobligeant, que des « seconds couteaux ».
    3/ J’ajouterai qu’avec le temps, les adversaires de Federer pourraient bien s’adapter, d’ailleurs Darcis fait la remarque.

    A suivre…

    Publié par Astérix | 19 septembre 2015, 09:00
    • 1\ Cette analyse ne concerne en effet que l’US Open. Il faudra attendre un peu pour voir si elle se généralise.
      2\ Le tableau ne s’arrête pas à Kohlschreiber, il est possible de le faire défiler sur la droite. Et là, Gasquet, Wawrinka et Djokovic ne sont pas vraiment des seconds couteaux. Isner est aussi intéressant, il permet de noter que Federer ne se risque pas au SABR face aux très grands serveurs.
      3\ C’est possible, l’avenir nous le dira !

      Publié par prisemarteau | 19 septembre 2015, 13:19
  2. Intéressante analyse quand même, way to go !

    Publié par Logo | 19 septembre 2015, 20:15
  3. Bonjour cher-e-s tennisophiles,

    Je suis le designer et administrateur de pimpmytennis.com, auteur de l’image en haut de Roger déguisé en ninja pour effectuer le SABR 2.0.
    Si vous voulez télécharger cette image – et quelque autres! – de Roger en bien meilleure qualité (impression A3) que celle pompée ici par prisemarteau, gratuitement, vous êtes cordialement invité-e à visiter la page source: http://pimpmytennis.com/funny-tennis/tag/federer/
    Si vous avez de l’humour cela risque de vous plaire!

    A bientôt

    Julien

    Publié par pimpmytennis.com | 3 novembre 2015, 23:47
    • Pompée, mais généreusement accompagnée d’un petit lien menant sur votre site !

      Publié par prisemarteau | 4 novembre 2015, 00:06
      • Oui j’avais vu merci, pas de souci de mon côté tant qu’il y a le ©.
        A noter que le SABR contre Nadal (Bâle 2015) c’est du 50%: 1 totalement foiré, 1 pt gagnant (Nadal sort son passing)… mais c’est pas sur 2 points qu’on fonde une stat!

        Publié par pimpmytennis.com | 4 novembre 2015, 11:15

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