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Pris de marteau

Marin Čilić, alias “face de bûche”

mokujinAvec son service de bûcheron et ses grandes baffes de coup droit, Marin Čilić envoie du bois ces derniers temps. Et pas seulement au niveau de son jeu. Sur un court de tennis, le Croate arbore une tronche aussi expressive qu’une bûche. À tel point que de nombreuses légendes circulent autour du grand échassier (1,98 m) venu des Balkans. Mokujin, le personnage de Tekken, serait fortement inspiré de notre “joueur en bois”, et Lady Gaga aurait décidé d’enregistrer son célèbre Poker Face après être tombée sur l’un de ses matchs ! Point gagné ou perdu, le faciès de Čilić ne trahit jamais aucune émotion. Ou de façon rarissime, pour être exact. Face à Kei Nishikori, en finale de l’US Open (6/3 6/3 6/3), le poulain du fantasque Goran Ivanišević perd le contrôle de son corps et laisse échapper un cri rageur en conservant son break d’avance pour mener 5/2 dans le troisième set (à partir de 3:39). Une exception à son impassibilité presque effroyable n’étant pas sans rappeler, entre autres, celle de Björn Borg.

Caractériel à l’excès durant sa jeunesse, le Suédois au bandeau décide de changer radicalement d’attitude après une exclusion temporaire de son club en raison de son comportement. En grandissant, il devient « Iceborg » le maître de ses émotions et érige le sang-froid en pilier de ses triomphes. “La principale difficulté du tennis, c’est de rester concentré”, estime celui dont le nom figure désormais sur des caleçons. “Au-delà d’une demi-heure, d’une heure, cela devient difficile. Mais j’ai appris l’art de la concentration à l’entraînement. (…) Au début, je parvenais à fixer mon attention pendant une demi-heure, voire une heure. Puis j’y suis arrivé pendant deux heures. Au bout d’un certain nombre d’années, je tenais trois, quatre heures sans problème. À l’entraînement, je jouais comme s’il s’agissait d’une finale majeure. Réciproquement, à Roland-Garros ou Wimbledon, je jouais comme à l’entraînement. Du coup, je ne ressentais plus aucune pression particulière.

S’il incarne désormais la classe, Roger Federer traîne, lui aussi, un passé de vilain garnement sur le terrain. “Jusqu’à 21 ans, j’ai eu énormément de mal à apprendre à contrôler mon tempérament”, raconte l’ancien sale gosse qui voit le déclic surgir en 2001. “Je me souviens très bien, c’était à Hambourg contre Squillari. (…) Balle de match contre moi, je joue un bon point, je monte au filet et il frappe un passing croisé en revers. Je rate la volée (…) Je me dis alors : ‘Bon sang mais qu’est-ce que je suis en train de faire !’ J’explose ma raquette. Je jure alors dans ma tête : ‘À partir de maintenant, je ne dirai plus un mot.’ (…)  Je me suis rendu compte que cette technique marchait, alors j’ai continué.” Mutation réussie. Federer devient un monstre du tennis. “Je crois qu’il a décrété un jour qu’il devait se comporter impeccablement et qu’il a ‘bloqué’ quelque chose en lui pour devenir une sorte de Borg”, estime Paul Dorchenko, son ancien préparateur physique.

Aujourd’hui imperturbable, Čilić compte toutefois quelques raquettes brisées dans son débarras (ici ou encore ici). Un geste d’humeur totalement banni de son comportement depuis. Le géant au regard sombre connaît maintenant la formule magique pour garder le contrôle de ses nerfs. C’est sans doute, en partie, ce qui lui permet de triompher à Flushing Meadows un fameux lundi de septembre 2014. Relâché, le gaillard de 25 ans ne semble pas subir la pression lors de la finale et joue, à l’instar de Borg, “comme à l’entraînement”. Au contraire du frêle Kei Nishikori. “J’étais très nerveux, et il ne m’a pas vraiment laissé placer mon jeu”, confie le Nippon après la raclée. Certains personnages exubérants, comme McEnroe, Connors ou encore Djokovic ont besoin de laisser éclater rage, colère ou frustration pour se libérer. Marin Čilić, lui, donne la pleine mesure de son talent en montrant autant d’émotions qu’un tronc d’arbre. Une approche ayant contribué à lui offrir l’allégresse d’un sacre en Grand Chelem. À fêter avec modération. Histoire d’éviter la gueule de bois.

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Discussion

4 réflexions sur “Marin Čilić, alias “face de bûche”

  1. Pourtant il a de l’humour : voyez sa prestation chez Leterman suite à sa victoire à l’US (les dix choses qui lui sont passées par la tête lors de la finale).

    Publié par Asterix | 11 septembre 2014, 10:40
  2. J’ai vu ça oui.
    Je ne parle, ici, que de son attitude sur le court, pas en dehors. D’ailleurs il a laissé éclater une joie plaisante à voir joie une fois la balle de match remportée face à Nishikori.

    Publié par prisemarteau | 11 septembre 2014, 12:52
  3. Et dans la série des légendes adeptes du sang-froid, il y a aussi Chris Evert, surnommée the Ice Maiden, la vierge de glace, et qui avait adopté ce comportement sur les conseils de son père.

    Publié par friedrich | 6 octobre 2014, 19:32

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: L’histoire du tennis prend 106 kg ! | PRISE MARTEAU - 9 octobre 2015

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