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Pris de marteau

Une Ferrari et un monstre à deux têtes

monstre 2 têtesS’ils avaient des trous dans leur toiture, les Serbes ont eu de quoi les reboucher tant ils ont accumulé les tuiles avant la finale de la Coupe Davis. Déjà privée de Viktor Troicki (suspendu), la Serbie a vu Janko Tipsarevic, touché au talon,  lui claquer dans les doigts quelques jours avant la réception de la République tchèque. Résultat, qui s’est retrouvé propulsé titulaire en simple aux côtés de l’idole Djokovic ? Dušan Lajović… 23 ans, 117e joueur mondial, aucune expèrience du très haut niveau. Du petit lait pour un duo Berdych-Stepanek assoifé de victoire. Dès lors, le scénario semblait inévitable. “Djoko” s’imposerait face à Radek Štěpánek et Tomáš Berdych, alors que Lajović serait dominé par les deux tchèques. Plus incertain, le double aurait donc un rôle décisif. La nation qui l’emporterait aurait l’honneur de soulever le Saladier d’argent.
Et Madame Irma a vu juste. C’est exactement ce qu’il s’est passé. Triomphante en double, la République tchèque a dominé “la bande à Novak » par 3 victoires à 2. Un leader serbe préservé et remplacé par Ilija Bozoljac lors du double capital.Pour Štěpánek, “laisser Novak Djokovic sur le banc pour la rencontre de double, (…) c’est comme prendre la décision de laisser sa Ferrari dans le garage.” À première vue, Radek le fantasque a raison. Se priver du numéro 2 mondial pour une telle rencontre semble être une énorme erreur. Aussi énorme que le bide du gagnant d’un concours du plus gros mangeur de hot-dog juste après sa victoire. Mais à bien y regarder, la décision serbe n’est pas si absurde que ça. En double, “l’élastoman” est loin d’être un cador. Ces deux dernières années, il n’a disputé que 6 matchs dans cette discipline (pour 2 victoires) et 4 en Coupe Davis sur l’ensemble de sa carrière. Associé à Nenad Zimonjić (ex numéro 1 mondial en double), il affiche un bilan de 2 succès et 2 revers sous les couleurs de la Serbie.

  • Bilan de la paire Djokovic-Zimonjić en Coupe Davis :
    -Victoire, 3/6 6/4 6/3 6/2, face à la paire australienne Hanley-Hewitt en 2007
    -Victoire, 6/3 7/6 7/6, face à la paire russe Youzhny-Tursunov en 2009
    -Défaite, 6/3 1/6 4/6 1/6, face à la paire tchèque Štěpánek-Berdych en 2010
    -Défaite, 4/6 6/7 5/7, face à la paire suédoise Aspelin-Lindstedt en 2011

Rien de transcendant. Aucune victoire de prestige et déjà une défaite face à l’infernal duo Štěpánek-Berdych.
Aux côtés de Bozoljac, Zimonjić présentait un ratio légèrement meilleur qu’avec Djokovic avant la finale face aux Tchèques. En 7 associations, les deux gaillards s’étaient imposés à 4 reprises.

  • Bilan de la paire Zimonjić-Bozoljac en Coupe Davis (avant la finale 2013) :
    -Victoire, 6/3 3/6 6/3 6/4, face à la paire britannique A. Murray-Rusedski en 2006
    -Défaite, 6/7 4/6 4/6, face à la paire suisse Allegro-Federer en 2006
    -Victoire, 7/5 6/4 6/3 , face à la paire géorgienne Chikhaldze-Khriradze en 2007
    -Victoire, 4/6 6/3 6/4 7/6, sur la paire indienne Bopanna-Devvarman en 2011
    -Défaite, 4/6 2/6 6/7, face à la paire tchèque Štěpánek-Berdych en 2012
    -Victoire, 7/6 7/6 5/7 4/6 15/13, face à la paire américaine B. Bryan-M. Bryan en 2013
    -Défaite, 7/6 4/6 6/3 6/7 8/10, face à la paire canadienne Nestor-Pospisil en 2013

57 % de victoire, certes c’est à peine mieux que les 50 % de la doublette Djokovic-Zimonjić . Mais Zimonjić et Bozoljac pouvaient se targuer d’avoir déjà battu de solides clients. Notamment les jumeaux Bob et Mike Bryan, légendes et maîtres incontestés du double. Seul hic, le duo Z & B avait, lui aussi, déjà chuté face à Berdych et Štěpánek.

Peut-être qu’avec le “Djoker” en double, la Serbie aurait mieux fait. Peut-être. Mais cela reste du “tennis-fiction”. En revanche, il apparaît certain que le choix d’associer Zimonjić et Bozoljac en double n’avait rien d’illogique. Bien au contraire. D’autant plus que cette option a permis à Djokovic de souffler en vue du choc contre Berdych. Il ne faut pas oublier que le rival de Rafael Nadal sortait tout juste d’une série de 22 victoires consécutives conclue par un éprouvant doublé Bercy-Masters.

De leur côté, Berdych et Štěpánek ont réussi un véritable exploit. Comme l’an passé, ils ont, à eux deux, permis à leur pays de soulever le Saladier d’argent. Depuis la création de la Coupe Davis en 1900, seulement 11 duos ont gagné la finale de cette compétition en se chargeant, à eux seuls, des quatre simples et du double. Un nombre qui tombe à 6 depuis le début de l’ère open. Plus fort encore, deux doublettes uniquement avaient accompli une telle performance au moins deux fois. Aucune n’y était parvenue depuis 1921.

  • Duos ayant remporté une finale de Coupe Davis à eux seuls :
    -Laurence et Reggie Doherty pour les Îles Britanniques en 1903
    Norman Brookes et Tony Wilding pour l’Australasie en 1907, 1908, 1909 et 1914¹
    Bill Johnston et William T. Tilden pour les États-Unis en 1920 et 1921
    -Jean Borotra et Henri Cochet pour la France en 1929
    -John Bromwich et Adrian Quist pour l’Australie en 1939
    -Jack Kramer et Ted Schroeder pour l’Australie en 1947
    -Ken McGregor et Frank Sedman pour l’Australie en 1952
    -Victor Seixas et Tony Trabert pour les États-Unis en 1954
    -Lew Hoad et Ken Rosewall pour l’Australie en 1955
    -Dennis Ralston et Chuck McKinley pour les États-Unis en 1963
    -Fred Stolle et Roy Emerson pour l’Australie en 1964
    ——————————ère open———————————–
    -John Newcombe et Rod Laver pour l’Australie en 1973
    -Ove Bengtson et Björn Borg pour la Suède en 1975
    -Ivan Lendl et Tomáš Šmíd pour la Tchécoslovaquie en 1980
    -Guy Forget et Henri Leconte pour la France en 1991
    -Ivan Ljubičić et Mario Ančić pour la Croatie en 2005
    Radek Štěpánek et Tomáš Berdych pour la République tchèque en 2012 et 2013

Si Radek Štěpánek imagine Novak Djokovic muni de quatre roues et peinturluré de rouge, Roger Federer doit lui être vert. Rarement “le Maître” s’est investi dans la Coupe Davis. Il estime qu’il n’est pas possible de remporter la prestigieuse compétition par équipe uniquement épauler de Stanislas Wawrinka. Une phrase qu’il doit sans doute conjuguer au passé désormais. La faute au monstre à deux têtes venu de République tchèque.

1. En gras, les duos ayant remporté, à eux seuls, au moins deux finales de Coupe Davis.

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