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Pris de marteau

Mesdames en 5 sets, ou messieurs en 3 ?

égalité-homme-femmeLe tennis féminin, c’est deux sets d’ennui le plus total qui, heureusement, durent rarement plus d’une demi-heure”, a un beau jour lâché le taquin Pat Cash. Mauvaise nouvelle, Pat ! Dans l’avenir, il serait possible que tu doives te régaler d’un “fabuleux” Sharapova – Kvitova en 5 sets et 4 heures de jeu. Selon Stacey Allaster – présidente de la WTA – les joueuses sont “prêtes, désireuses et capables”, de jouer les tournois du Grand Chelem au meilleur des 5 manches. De quoi contenter Gilles Simon. L’an passé, le coquelet français s’était attiré l’ire de ces dames en contestant l’égalité des gains sur les quatre tournois majeurs. “Je pense qu’on est le seul sport aujourd’hui où il y a la parité hommes-femmes au niveau des prize money, alors que le tennis masculin reste plus attrayant que le tennis féminin à l’heure actuelle”, avait alors déclaré un Simon fraîchement élu au conseil des joueurs de l’ATP. “Les joueurs ont certainement encore passé deux fois plus de temps, sur le terrain à Roland-Garros, que les femmes”. Réjouissez-vous mesdames. En passant de 2 à 3 sets gagnants, vous mériteriez alors votre dû aux yeux de “Gillou” le besogneux.

Les postérieurs couverts de jupettes courent moins vite et frappent moins fort que ceux vêtus de shorts. Certes. Mais au niveau de l’endurance, les femmes n’ont rien à envier aux hommes. Elles sont tout aussi capables de couvrir de longues distances (marathons et ultramarathons ne sont pas des disciplines exclusivement masculines, loin de là). De 1984 à 1998, la finale du Masters féminin s’est d’ailleurs jouée en 3 sets gagnants¹. Aujourd’hui, certaines joueuses n’affichent aucune réticence à disputer des matchs à rallonge. “Je n’ai aucun problème avec cette idée”, a affirmé Venus Williams. “Si nous devons jouer au meilleur des 3 sets, nous jouerons au meilleur des 3 sets. Si c’est au meilleur des 5 sets, c’est parfait aussi. Quelque soit la formule, ce n’est pas un problème.” Pas un problème non plus pour Angélique Kerber : “je pense que nous sommes assez fortes et assez en forme pour jouer en cinq sets.” En revanche, Petra Kvitova a émis quelques réserves : « je ne sais pas si je suis prête pour des matchs en 5 sets”. On la comprend. La Tchèque n’est pas vraiment la tenniswoman la plus affûtée du circuit. Et elle n’est pas la seule dans cette délicate situation physique. Bien qu’on soit loin du pourcentage qu’avançait, jadis, Richard Krajicek. “Je pense que 80 des 100 premières du classement féminin ne sont que des grosses truies”, a élégamment déclaré le géant néerlandais en 1991. Tel Ponce Pilate, « l’ami des femmes” a ensuite enfoncé le clou d’un sympathique : “j’ai sans doute exagéré quand j’ai dit ça. C’est certainement plus proche des 75 %”².

Prêtes ou non, les joueuses semblent avoir peu de chance de connaître les joies d’un 5e set “grandchelemien” à l’heure ou les diffuseurs cherchent plutôt à raccourcir la durée des matchs (notamment avec le super tie-break en double). Parfaitement consciente de la situation, la présidente de la WTA reconnaît que “la programmation dans les tournois du Grand Chelem est déjà un défi avec les matchs (des hommes) en 5 sets.” N’en déplaise à Gilles Simon, ces dames devraient donc continuer à gagner autant (sur les tournois du Grand Chelem) que les jambes velues tout en jouant moins. Et s’il ne parvient vraiment pas à s’y faire, le Tricolore pourra toujours tenter de soumettre à l’ATP une idée avancée par Martina Navratilova en juin dernier  : “Les hommes devraient, sans aucun doute, jouer au meilleur des 3 sets en Grand Chelem« , a déclaré la gauchère aux 59 titres du Grand Chelem (oui, oui, 59 !). “D’autant que les points sont plus longs aujourd’hui. Ils jouent sur surface dure à l’occasion de deux Grands Chelems et c’est une surface trop agressive pour le corps. Vous ne pouvez pas vous en remettre. C’est comme de courir un marathon et de devoir, un ou deux jours plus tard, en courir un autre. Et ainsi de suite durant tout une quinzaine. Je ne crois pas que le jeu devrait tant être une question de physique. Je le répète à ceux qui placent le physique au-dessus de tout. (…) Ce n’est pas un marathon. Les matchs de tennis ne devraient pas être un marathon physique, mais seulement un marathon mental.” Rien que pour les spectateurs, suivre un duel entre Nadal et Djokovic est un véritable défi physique ces derniers temps.

1. 3 finales sont allées jusqu’au 5e set. En 1990 (victoire de Seles face à Sabatini), puis en 1995 et 1996 (victoires de Graf contre Huber et Hingis).

2. Il mettra finalement 16 ans à faire son mea culpa en déclarant, en 2007 : “j’ai manqué de respect au tennis féminin, j’aurais pu dire qu’elles n’étaient pas très affûtées”. Mieux vaut tard que jamais, Richard !

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